À 22 ans, Mariana quitte la ville pour une autre manière de vivre
À 22 ans, Mariana Di Pascuale prend une décision qui ne ressemble pas à une simple escapade : elle ne retourne pas à Rosario, où elle a étudié les Beaux-Arts, la littérature et la photographie. Originaire de Tortugas, dans la province argentine de Santa Fe, elle aspire à s’éloigner du béton, du bruit et d’un rythme urbain qui ne lui convient plus. Son départ marque le début d’une reconversion de vie menée par étapes, plutôt qu’un changement de décor improvisé.
Les séjours estivaux qu’elle a passés sur les côtes uruguayennes lui ont donné un aperçu d’un quotidien plus proche de la nature. Elle s’installe à Pueblo Centenario et découvre rapidement ce que signifie vivre sans raccordement au réseau d’eau ni à l’électricité. Cette expérience ne transforme pas chaque difficulté en aventure idyllique : elle demande de s’organiser autrement, de surveiller ses ressources et d’accepter que certains gestes prennent davantage de temps.
Apprendre à faire avec moins devient alors une compétence très concrète. L’eau ne coule pas automatiquement au robinet et la lumière ne dépend pas d’un interrupteur relié au réseau. Pour Mariana, ces contraintes forment un apprentissage quotidien, qui nourrit peu à peu son envie de gagner en autonomie et de réfléchir à la façon dont un logement pourrait répondre à des besoins réels plutôt qu’à des habitudes toutes faites.
Des études artistiques à l’expérimentation quotidienne
Son parcours artistique donne aussi une autre dimension à cette transition. Les études de photographie, de littérature et de beaux-arts l’ont familiarisée avec l’observation, les formes et les façons de raconter le monde. Il ne s’agit pas de prétendre que ces disciplines enseignent à bâtir une maison, mais elles peuvent aider à regarder un espace autrement : la lumière, les matériaux et la relation entre une habitation et son paysage deviennent des sujets à part entière.
Cette attention se retrouvera dans le projet qu’elle développera plus tard dans les montagnes. Avant d’imaginer un toit dessiné comme un cœur ou de placer des ouvertures face aux reliefs, Mariana apprend d’abord à habiter autrement. L’expérience uruguayenne agit comme un laboratoire grandeur nature : elle découvre les limites d’un confort dépendant des réseaux, mais aussi l’importance des gestes, des choix et des ressources disponibles.
Dans cette première étape, le mot habitat alternatif ne désigne donc pas une esthétique à la mode. Il renvoie à une recherche progressive : quels besoins sont essentiels, lesquels peuvent être satisfaits localement, et quelles habitudes peuvent être adaptées ? Mariana n’apporte pas une réponse universelle à ces questions. Elle construit son propre chemin, au fil des lieux et des expériences.
En 2026, son histoire résonne avec les discussions autour de l’autonomie résidentielle, mais elle ne se réduit pas à une tendance récente. Son choix remonte à ses 22 ans et s’est dessiné sur plusieurs années. Le point décisif n’est pas de tout abandonner du jour au lendemain : c’est d’oser tester une autre organisation de la vie, puis d’en tirer des enseignements avant de passer à l’étape suivante.
Voyager avec son fils avant de bâtir sa maison en terre
Après son installation en Uruguay, le parcours de Mariana continue de se transformer. Devenue mère d’un petit garçon prénommé León, elle traverse également une séparation avec le père de l’enfant. Elle prend alors la route vers le sud de l’Argentine avec le strict nécessaire. Pendant plus de deux ans, mère et fils vivent et voyagent à bord d’un camping-car, une période qui renforce son désir de trouver un lieu où s’établir sans renoncer à une vie plus autonome.
Un véhicule aménagé impose des arbitrages immédiats. Chaque objet occupe une place, les réserves sont limitées et les activités quotidiennes doivent s’adapter à un espace réduit. Pour un enfant, le voyage peut aussi rendre visibles les besoins que les adultes oublient parfois : un coin pour dormir, un endroit pour jouer, des repères familiers. Le récit disponible ne détaille pas leur routine, mais ces contraintes permettent de comprendre pourquoi un projet de maison devient progressivement attirant.
Une étape de voyage qui prépare le projet
Un périple de deux ans n’est pas seulement une succession de kilomètres. Il met à l’épreuve les choix de vie et oblige à distinguer le nécessaire du superflu. Pour Mariana, cette période nourrit l’envie d’un ancrage dans un paysage précis, tout en conservant les principes d’une existence moins dépendante des infrastructures ordinaires. L’objectif n’est pas de reproduire le camping-car en dur, mais de tirer parti de ce que cette expérience lui a appris sur l’espace, les besoins et les ressources.
La famille finit par s’installer à El Bajo de los Hornillos, dans la vallée de Traslasierra, au sein de la province de Córdoba. Le cadre montagneux devient le point de départ d’un chantier personnel. Plutôt que d’acheter une maison achevée, Mariana entreprend une autoconstruction qui lui permet de façonner les volumes et d’intégrer des matériaux récupérés à son idée de l’habitat.
Ce choix comporte une part de liberté, mais aussi une responsabilité considérable. Construire demande du temps, de l’énergie et une capacité à revoir ses plans lorsque les conditions changent. Le chantier de Mariana dure environ un an et demi. Cette durée rappelle qu’une maison conçue de ses mains n’apparaît pas en quelques images séduisantes : elle prend forme au fil des tâches, des décisions et des pauses nécessaires.
Le récit rapporte notamment une interruption de quatre mois pendant un hiver particulièrement rude. Mariana suspend le travail pour se préserver, ce qui souligne un aspect souvent absent des portraits de bâtisseurs : ralentir peut être une décision de sécurité et de santé, pas un renoncement. À l’image d’un voyage en camping-car qui apprend à composer avec les limites, le chantier demande de reconnaître celles du corps et du climat.
Le parcours de cette jeune bâtisseuse n’est donc pas une démonstration de performance individuelle. Il montre plutôt comment plusieurs expériences — la vie sans réseaux, les années de route et la maternité — contribuent à définir un projet adapté à ses priorités. Dans les montagnes de Traslasierra, le voyage change de forme : il devient un chantier et un lieu à habiter.
Pour découvrir le récit plus détaillé de son installation et de son chantier, on peut consulter cet article consacré à sa maison en terre et à ses douze pare-brise recyclés. Ce projet prend tout son sens lorsqu’on le relie à la longue transition qui l’a précédé, plutôt qu’à son seul résultat architectural.
Une construction écologique façonnée avec la terre, le bois et le quincha
À El Bajo de los Hornillos, Mariana passe de l’idée à la construction. Elle s’appuie sur des principes de construction écologique et sur la bioconstruction, avec des ressources comme la terre et le bois. Les murs intègrent notamment le quincha, une technique traditionnelle qui associe une structure de bois et un remplissage adapté. Le choix de ces matériaux inscrit la maison dans une démarche différente de celle d’un bâtiment conventionnel reposant uniquement sur des produits industriels.
Il faut toutefois éviter de confondre matériau naturel et solution automatique. Une technique constructive doit correspondre au terrain, au climat et à la manière dont la maison sera utilisée. Le récit ne fournit ni plans techniques ni mesures de performance thermique ; il permet en revanche de comprendre l’intention de Mariana : réaliser elle-même une habitation en recourant à des matériaux disponibles et à des procédés de bioconstruction.
Une géométrie qui organise les espaces
La maison s’articule autour de deux hexagones reliés entre eux. Ce choix donne au bâtiment une silhouette moins conventionnelle qu’un simple volume rectangulaire et permet de penser l’organisation des pièces autour de formes distinctes. Vue du ciel, la toiture évoque un cœur. Ce détail relève à la fois d’une décision esthétique et d’une façon de donner au refuge une identité qui lui est propre.
La forme d’un bâtiment n’est jamais qu’une affaire de photographie. Elle influence la circulation, la façon dont les espaces se rencontrent et la place des ouvertures. Dans le cas de Mariana, le dessin géométrique accompagne un projet personnel plutôt qu’un modèle standard. Les volumes deviennent ainsi le support d’une maison pensée en lien avec sa manière de vivre, avec son fils et avec le paysage de montagne.
La construction s’étend sur près d’un an et demi, une période durant laquelle l’organisation du chantier est aussi importante que les matériaux. L’interruption hivernale de quatre mois rappelle que les calendriers de l’autoconstruction doivent parfois céder devant les conditions météorologiques et le besoin de repos. Un chantier soutenable n’est pas nécessairement celui qui avance sans interruption ; c’est aussi celui dont le rythme peut être ajusté.
Les matériaux de récupération complètent cette approche et réduisent l’idée qu’il faudrait acheter du neuf pour chaque élément. Les pare-brise récupérés, les bouteilles de verre coloré et les pièces de bois participent à l’identité de l’habitation. Leur réemploi ne signifie pas que chaque objet détourné convient automatiquement à la construction : l’intégration doit rester cohérente avec sa fonction et son emplacement.
| Élément de la maison | Usage ou rôle rapporté | Ce qu’il apporte au projet |
|---|---|---|
| Terre et bois | Matériaux employés dans le chantier | Une base de bioconstruction liée aux ressources naturelles |
| Quincha | Technique traditionnelle utilisée pour les murs | Une méthode constructive différente des murs conventionnels |
| Deux hexagones | Organisation générale de la structure | Des volumes distinctifs et une identité architecturale singulière |
| Bouteilles colorées | Éléments incrustés dans certains murs | Des touches de lumière artisanales |
Cette maison n’est pas présentée comme un modèle à reproduire à l’identique. Elle montre plutôt qu’une maison en terre peut être le résultat d’un assemblage de techniques, de choix esthétiques et de ressources réemployées. Son intérêt tient à la cohérence entre le parcours de Mariana et l’espace qu’elle a construit.
Douze pare-brise recyclés deviennent les fenêtres de la maison
Parmi les détails les plus remarquables du refuge, il y a les douze pare-brise récupérés lors d’une vente aux enchères dans la ville natale de Mariana. Des pièces conçues pour des voitures deviennent de grandes ouvertures fixes dans les murs de la maison. Leur réemploi transforme un élément associé à l’automobile en composant architectural, tout en donnant au projet une signature immédiatement reconnaissable.
Le détournement ne se limite pas à son effet visuel. Les pare-brise laissent entrer une lumière généreuse et ouvrent des vues sur les montagnes alentour. Selon leur emplacement, les surfaces vitrées peuvent aussi faire varier la perception de l’intérieur au fil de la journée : une ouverture cadrant le paysage devient une sorte de tableau vivant, où la lumière et les reliefs remplacent l’image immobile accrochée au mur.
Réemployer un matériau, c’est aussi réfléchir à son usage
La récupération est souvent racontée comme une solution simple : on trouve un objet, on le réutilise, et l’histoire s’arrête là. En réalité, intégrer des pièces issues d’un autre usage suppose de réfléchir à leur taille, à leur position et à leur rôle dans l’ensemble. Dans cette maison, les pare-brise sont décrits comme des ouvertures fixes. Le projet ne les présente donc pas comme des fenêtres classiques que l’on ouvre pour renouveler l’air, mais comme de grands éléments vitrés destinés à éclairer et à cadrer le paysage.
Cette distinction aide à comprendre le choix architectural sans lui attribuer des propriétés qui ne sont pas documentées. Le récit ne donne pas d’informations détaillées sur l’isolation, la pose ou les performances énergétiques des vitrages. Il montre néanmoins une démarche de réemploi particulièrement visible : au lieu de finir dans la filière des déchets automobiles, ces éléments trouvent une seconde fonction dans un habitat alternatif.
Des bouteilles en verre coloré sont également intégrées dans certains murs. Lorsque le soleil les traverse, elles produisent de petits effets lumineux, comme des points de couleur dans les parois. Cette idée transforme un matériau courant en détail décoratif, sans dissocier l’esthétique du geste de récupération. La lumière ne vient plus uniquement des ouvertures ; elle peut aussi apparaître par petites touches au sein même des murs.
Pour comprendre la démarche de Mariana, on peut résumer le parcours de ces objets ainsi :
- Récupération : les douze pare-brise proviennent d’une vente aux enchères liée à sa ville natale.
- Réemploi : ils sont intégrés comme ouvertures fixes dans les murs de la maison.
- Effet intérieur : ils font entrer la lumière et encadrent les paysages de montagne.
- Complément décoratif : des bouteilles colorées ajoutent des points lumineux dans certaines parois.
Le sujet du vitrage rappelle également qu’un pare-brise peut susciter des récits très différents selon son contexte, qu’il s’agisse de réemploi ou d’incidents liés aux intempéries. Un article sur des pare-brise endommagés par des épisodes météo violents illustre ce contraste : dans la maison de Mariana, une pièce automobile échappe à sa fonction initiale pour contribuer à l’architecture.
Ces ouvertures ne sont pas un simple gadget destiné à attirer l’œil. Elles racontent une manière de considérer les objets usagés comme des ressources possibles, à condition de les intégrer à un projet réfléchi. Dans cette maison, le paysage, la lumière et le réemploi se rejoignent dans un même choix architectural.
Vie autonome : les aménagements pensés pour Mariana et León
La maison répond également à des usages précis et à une recherche de vie autonome. Une source naturelle alimente l’habitation en eau, tandis qu’un biodigesteur artisanal traite les eaux usées. Ces équipements montrent que l’autonomie ne dépend pas uniquement des murs ou du style de construction : elle repose aussi sur la façon dont l’eau est obtenue et dont les rejets sont pris en charge.
Les informations disponibles ne détaillent pas la capacité de la source, le fonctionnement exact du biodigesteur ni les éventuels besoins d’entretien. Il serait donc trompeur d’en déduire que la maison ne nécessite aucune surveillance. Toute installation liée à l’eau et à l’assainissement demande une attention adaptée à son contexte. Ce que l’histoire de Mariana souligne, c’est surtout l’existence de solutions pensées pour réduire la dépendance aux réseaux classiques.
Des espaces conçus pour changer selon les moments
L’aménagement intérieur témoigne lui aussi d’une volonté d’optimiser l’espace. La chambre de León se trouve en hauteur, tandis que le lit de Mariana peut disparaître sous le plancher pour dégager la pièce principale. Ce dispositif transforme une même surface en plusieurs usages : un endroit pour dormir le soir, un espace plus libre durant la journée.
Ce principe rappelle les petits logements mobiles, où chaque meuble doit souvent remplir plus d’une fonction. Mais ici, il s’inscrit dans une habitation construite en dur et pensée pour les besoins d’une mère et de son enfant. Le lit escamotable n’est pas seulement une curiosité ; il permet de garder une pièce polyvalente sans multiplier les volumes construits.
Le choix de placer la chambre de l’enfant en hauteur organise également la maison autour de la vie familiale. Les détails rapportés ne précisent pas la configuration complète des lieux, mais ils montrent que Mariana ne conçoit pas son habitat comme un objet architectural isolé. Les pièces sont pensées en relation avec des usages quotidiens, avec la place disponible et avec la présence de León.
Cette approche offre une leçon pratique à quiconque réfléchit à un logement plus sobre : avant de chercher des équipements spectaculaires, il peut être utile d’observer les gestes qui se répètent. Où dormir ? Comment libérer un espace ? Comment organiser l’accès à l’eau ? Ces questions ordinaires ont des conséquences directes sur le confort. Dans la maison de Mariana, les réponses sont liées à la fois à la conception et à l’expérience acquise au fil de ses années de voyage.
Son parcours ne présente pas l’autonomie comme une compétition où il faudrait se passer de tout. L’interruption du chantier pendant quatre mois, lors d’un hiver très rude, va à l’encontre de l’image d’une bâtisseuse qui avancerait sans jamais s’arrêter. Prendre soin de soi fait partie des conditions permettant de poursuivre un projet dans la durée. La maison est le résultat d’un travail patient, pas d’un défi lancé contre les saisons.
Aujourd’hui peintre et professeure de Biodanza, une pratique associant mouvement et musique, Mariana défend une existence moins gouvernée par les injonctions extérieures. Son histoire ne prétend pas offrir un mode d’emploi universel : elle montre comment le logement, le travail et le rythme de vie peuvent être réexaminés ensemble. L’autonomie prend alors une forme concrète, faite d’aménagements, de ressources locales et de choix personnels.
Le récit de cette maison attire l’attention sur ses vitrages insolites, mais son fil conducteur est plus large : Mariana a assemblé des expériences, des techniques et des besoins familiaux pour dessiner un lieu à sa mesure. L’habitat devient ainsi le prolongement d’une décision prise à 22 ans, celle de chercher un quotidien plus proche de ses convictions.

